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L'éthos européen : inventeur de démocratie
I - 6. Génération de systèmes d'information et systèmes sociopolitiques

L'enfance : les démocraties aristocratiques

Il fallut attendre deux mille cinq cents ans après que les sumériens eurent inventé l'écriture cunéiforme[1], et cinq cents ans après l’invention de l’alphabet[2], à Ougarit (nord de la Syrie actuelle) et à Byblos (Liban actuel), pour voir naître les premières démocraties en Phénicie (Liban actuel), puis en Grèce au cours du 7ème siècle avant J.C.[3]. Mais, dans les démocraties antiques comme dans celles du Moyen Age, seul un petit nombre d’habitants détenait le statut de citoyen[4] : les femmes, les météques et les esclaves représentaient 90% de la population et restaient exclus de la vie politique. Ce niveau encore restreint de partage du pouvoir s’explique par le faible niveau de partage du savoir du fait de la vitesse très lente de circulation et de reproduction de l’information qui interdisait d’en croiser les sources, et même de s'adresser à plus de quelques centaines de personnes simultanément. En effet, si les livres permettaient la diffusion précise du savoir, leur copie manuelle et à l'unité imposait la lenteur. Quant aux affichages, s'ils rendaient une information accessible à de plus nombreux interlocuteurs, ils obligeaient une grande fragmentation et une ultra simplification des données. Ainsi, sans mass-média, acquérir une renommée nécessitait plusieurs générations. A l'image des Périclès, Alexandre et autres Jules César, tous issus de familles richissimes, traditionnellement proches du pouvoir et ayant largement participé à son exercice, seules les grandes familles aristocratiques exerçaient des responsabilités politiques. De plus, même au sein des systèmes politiques les plus ouverts, le pouvoir restait toujours aux mains de ceux qui détenaient le privilège rare de savoir écrire et lire, et possédaient donc l’aptitude, très singulière et néanmoins tout à fait requise, pour accéder aux fonctions de dirigeant et les assumer. Le sommet de la hiérarchie sociopolitique demeurait donc le monopole d’une infime élite, l’aristocratie[5], composée de quelques poignées de familles. La majorité de la population était ainsi, par la naissance, mais aussi par la connaissance, exclue des rênes du pouvoir pour des générations, et n’y pouvait rien changer, sauf via un anoblissement qui restait exceptionnel.

Face aux "barbares", ou dictatures en tout genre dirigées par une poignée ou par un seul, la force de ces premiers Etats démocratiques était sans commune mesure : mieux organisés que leurs voisins, ils les dominaient jusqu'au jour où, leurs territoires s’agrandissant et leurs frontières reculant du fait de leurs victoires, leurs systèmes de traitement de l'information et donc leurs propres contre-pouvoirs, se révélèrent inadaptés. Les abus allaient alors croissant, de pair avec la montée d’un pouvoir à caractère absolu. La démocratie se réduisit alors progressivement pour faire place à des régimes nécessairement plus autoritaires, annonçant la mort de ces Etats dans leur forme démocratique.

Fondée en 814 avant J.C., Carthage était gouvernée par deux magistrats élus chaque année par le Conseil des Anciens et l'Assemblée du Peuple. Elle s'affranchit de la tutelle de ses fondateurs phéniciens, puis devenue colonisatrice à son tour, domina la partie occidentale de la mer Méditerranée pendant six siècles.

Voilà vingt-cinq siècles, la République athénienne présida aux destinées de la civilisation méditerranéenne orientale. Elle avait alors pour chef d'Etat un Stratège, élu pour un an par l'Ecclésia, qui réunissait les citoyens. Elle résista aux assauts du puissant empereur perse Darius, mais affaiblie par sa conduite et ses visées hégémoniques sur les Cités-Etats du Péloponnèse, elle se fit renverser par Sparte. Celle-ci, imposant sa dictature militaire sur ses vaincus, disparut rapidement à son tour avec la prise du pouvoir par Philippe de Macédoine et l'étendue des conquêtes de son fils, Alexandre, qui se rendit jusqu'en Inde. A la mort prématurée de celui-ci sans postérité, le système n'ayant pas évolué de concert avec la fulgurante progression de son influence, ses généraux se battirent entre eux pour obtenir sa succession, et l'Empire non démocratique disparut peu après sa naissance, partagé entre grands dignitaires.

La République romaine prit le relais. Née en 509 avant J.C., elle était dirigée par trois consuls élus pour un an, non rééligibles immédiatement. Son organisation politique, aux charges électives multiples, détenait une longue avance sur son temps et lui permit d'étendre son influence sur l'ensemble de la Méditerranée et au-delà : elle lui donna de telles forces que rien ne lui résista, ni les tribus gauloises, ni le pharaon, cela lui permit de placer sous son contrôle la quasi-totalité du monde alors connu par eux. Mais, les moyens techniques de communication à sa disposition étaient inappropriés pour gérer un domaine d'une telle taille. Elle étouffa sous le poids de la charge : son mode de gouvernement devenant inadapté, les tentatives de vaste expansion de la citoyenneté du premier siècle avant J.C. entraînèrent des coups d’état qui firent disparaitre la République et apparaître l'Empire, en 27 avant J.C., avec le cumul par Auguste de nombreuses fonctions sur sa seule personne. D'abord ouvert, puis toujours plus centralisé, celui-ci fit progressivement disparaître la démocratie et, avec elle, la supériorité de Rome. Il imprima ses vices systémiques de cumul des fonctions sur l'attitude et les pratiques des citoyens et des dirigeants : les luttes d'influence, l'attrait du pouvoir et l'obscurantisme l'emportèrent peu à peu, à mesure que les possibilités structurelles de participer à la recherche de l’intérêt général s’effaçaient. Tous les pouvoirs peu à peu concentrés dans les mains du seul Empereur, l'expansion cessa au début du second siècle après J.C. et, incapable de faire face aux Wisigoths, la chute advint en 410. Quatre siècles de démocratie pour atteindre l'hégémonie, quatre siècles d'Empire dictateur pour toucher le fond...

La royauté repose sur une base démocratique à l’origine : chez les Gaulois, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, les rois devaient leur couronne à l'élection par leurs pairs, et étaient élus sous certaines lois et conditions, et non point comme tyrans dotés d’une puissance absolue.

 

 

[1] L’écriture est née en Mésopotamie entre -3300 et -3400 avant JC.

[2] En réduisant à une trentaine de caractères la quantité de signes à connaître, l’alphabet simplifie considérablement la durée de l’apprentissage de la lecture, ce qui permet la diffusion accélérée de l’information.

[3] La liste des premiers législateurs (7 sages) est établie en 586 av JC.

[4] A Athènes, la citoyenneté était réservée aux hommes dont les deux grands-pères étaient nés libres dans la cité. Cela excluait donc la majorité des hommes libres, ainsi que toutes les femmes. Une minorité de l’ordre de 4% de la population adulte détenait la citoyenneté.

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