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L'éthos européen : inventeur de démocratie
I - 7. Génération de systèmes d'information et de systèmes de valeurs

L'adolescence : les démocraties représentatives

L’imprimerie accélère la diffusion de l’information et fracture la société en trois parties : le groupe croissant des lecteurs, qui ne se comptent désormais plus en milliers, mais en millions puis en dizaines et centaines de millions ; la petite minorité de ceux qui ont accès à l’imprimerie, outil de reproduction des messages ; enfin, ceux qui ne savent toujours pas lire et qui constituent encore la majorité pendant plusieurs siècles encore.

Pour ceux qui détiennent les moyens économiques nécessaires à l’activation de ces machines nouvelles, l’imprimerie offre la possibilité technique d’affirmer leur propre point de vue et de se faire à leur tour connaître comme créateurs de savoirs nouveaux. Avoir les moyens d’impression revient à avoir les moyens d’expression. Ceux qui y avaient accès, et seulement ceux-là, c’est-à-dire les plus riches (la grande bourgeoisie), et avec eux ceux qu’ils soutenaient et parrainaient, se sont progressivement introduits dans la direction du monde. Ainsi, dans cette société nouvelle, les dirigeants sont tous issus de familles bourgeoises, dont les niveaux culturel, économique, et surtout social, en termes de quantité et de qualité d’adresses dans le portefeuille relationnel, excèdent largement ceux de la moyenne de leurs contemporains. Ainsi, jusqu’au XXe siècle, c’est la détention de richesses économiques et sociales – et non plus exclusivement l’appartenance à une longue lignée identifiée par tous – qui ouvre et sécurise l’accès au pouvoir. Aussi, les débats de société étaient-ils dominés par certaines opinions et certains intérêts particuliers au détriment de tous les autres.

Cela étant, progressivement, les lecteurs sont devenus des citoyens. Et deux siècles après la création de l’imprimerie, en 1648, la seconde génération de mécanismes démocratiques naquit en Angleterre[1]. A compter de ce moment, les systèmes démocratiques de la seconde génération comprennent non plus seulement des dizaines et centaines de milliers de citoyens, mais dès lors des dizaines et centaines de millions de citoyens. Le statut s'est répandu géographiquement, au sein de plus grands territoires, en associant toutes les classes sociales, y compris les personnes qui n’avaient pas encore la maîtrise de la lecture, et pour qui cela ne changeait rien au fond car elles n’avaient pas plus qu’avant les moyens, ni donc la possibilité de chercher et traiter l’information pour maîtriser leur destin.

Mais même, pour ceux qui savaient lire, l’imprimerie ne permet pas d’interagir avec les auteurs : elle laisse le lecteur dans l’impossibilité économique et pratique de prendre la parole. Concrètement, la plupart des citoyens, manquant des moyens techniques d’expression, ne peuvent donc participer directement et n’ont d’autre choix que de déléguer leurs prises de parole. Aussi, dans les démocraties représentatives, chaque citoyen ne détient alors qu’une parcelle de pouvoir moins importante que dans les démocraties aristocratiques : le pouvoir s’est dilué, puis concentré dans les mains d’un petit nombre suffisamment indépendant matériellement pour s’adonner à la politique et avoir accès aux coûteux moyens techniques qu’elle suppose pour parvenir à se faire entendre et se faire connaître[1].

 

 

[1] La révolution de 1789 en France est largement le fait des bourgeois des villes très minoritaires, et non des paysans, très majoritaires. Le Tiers Etat de Sieyès était en fait la grande bourgeoisie, devenue plus riche que la noblesse, jusqu'alors seule identifiable par ses contemporains.

 

[1] Les deux révolutions anglaises ont vu le triomphe définitif du parlement sur le monarque. Le Royaume Uni, inventeur de la seconde génération des systèmes démocratiques en 1648, entra le premier dans l'ère industrielle, devint la première puissance mondiale 150 ans plus tard, à la fin du XVIIIème siècle et impose encore aujourd’hui sa langue dans les échanges internationaux.

 

L'éthos européen : inventeur de démocratie 

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