Observatoire du Dialogue
et de l'Intelligence Sociale
La raison la meilleure
devient la plus forte
?

48/ L’après Covid : comment se réinventer ensemble ?

La crise sanitaire, économique et sociale due à la Covid en 2020 s’engouffre dans les nombreuses fissures sociales préexistantes. La croissance en berne rendait déjà les inégalités insupportables et la circulation accrue de l’information rendait tout aussi visibles les insuffisances du système public. Face au défi démocratique montant, gare aux apprentis sorciers, dénonciateurs des échecs et orphelins de solutions.

Structurer le débat en quatre phases, renouvelables à l’envi

Un changement de contrat social repose sur une révolution du regard posé par chacun sur autrui. Si un événement catharsistique collectif est nécessaire, il doit s’inscrire dans une stratégie relationnelle précise en quatre temps :

  1. Préparation – Construire une démarche : le premier travail consiste à formuler un diagnostic innovant à la fois sur le fond et sur la forme. En effet, alors que la vision des enjeux est renouvelée, elle ne peut pour autant prétendre à être déjà aboutie à ce stade. Au contraire, elle vise à ouvrir un processus d’approfondissement transparent. Elle est donc exprimée dans des formats intellectuels et des outils opérationnels qui appellent à sa prise en mains en cascade par les participants eux-mêmes. Afin de rester maîtrisable et inclusif, le pilotage de l’irrigation est confié à des instances dédiées à l’implication de toutes les composantes du corps social. Pour rester légitimes, elles sont spécifiques à l’organisme ou au territoire concerné cela et adossées à des supports appropriés. Cette phase originelle nécessite une attention d’autant plus minutieuse que la quantité et la diversité des personnes concernées est élevée ou que la qualité des relations est faible.

  2. Lancement – Engager les énergies : l’élargissement initial vise un premier public composé de relais d’opinion. Il consiste en un évènement qui se déroule en deux temps distincts et complémentaires. D’abord, conduire un débat sur la vision renouvelée du présent, du passé et de l’avenir. Ensuite, présenter et répartir les rôles entre les candidats à l’animation des phases ultérieures selon leurs aspirations, contextes et savoir-faire.

  3. Grand dialogue – Irriguer en continu : les kits d’irrigation thématique sont activés par les animateurs eux-mêmes. Chacun détermine ses propres publics et ses objectifs sur les thèmes de son choix. Un accompagnement individuel et des sessions de formation collective sont proposées afin de permettre à chacun de mieux assurer l’organisation, l’animation et le suivi de ses événements. Les informations recueillies sont toutes agrégées en continu dans le respect de la confidentialité. Chaque participant peut accéder aux informations et analyses intermédiaires.

  4. Communication – Partager les conclusions : tous les participants aux différents événements de la phase du Grand dialogue sont invités à participer à un événement de type États généraux. Ce grand partage des travaux et de leurs impacts se décompose en quatre gammes de sujets distincts, chacune faisant l’objet d’un approfondissement par le public, sous forme de débat ouvert en séance plénière : d’abord les analyses transversales du diagnostic renouvelé sur le présent, le passé et l’avenir, ensuite les bonnes pratiques de dialogue et d’engagement, puis les projets et propositions les plus stratégiques, enfin la feuille de route du prochain processus en quatre temps.

 

Quatre instances de pilotage complémentaires

Afin de construire et conserver la légitimité, il convient de formaliser des instances aux rôles complémentaires qui regroupent et concilient des personnes aux profils complémentaires :

 

  1. Comité de coordination – Opérations : repérage des sources de blocages et d’opportunités de dialogue sur le terrain. Les organisateurs optimisent en continu le croisement de toutes les actions afin de garantir et fortifier l’efficacité de la démarche d’ensemble.

  2. Comité de pilotage – Narratif : insertion de toutes les informations dans un raisonnement global. Les intellectuels bâtissent l’analyse transversale et formulent des propositions constructives à destination de toutes les parties prenantes.

  3. Jury – Formation : sélection, formation, accompagnement des animateurs, pratiques, programmes et projets selon les besoins. Les formateurs développent les compétences de dialogue, d’étude, d’évaluation et de responsabilité sociale.

  4. Cercle des Animateurs – Animation : multiplication les échanges. Les Animateurs irriguent le corps social d’instants de dialogue : ce sont les constructeurs de la culture du débat à grande échelle.

 

Quatre formats de supports

Déployer une telle démarche suppose de bénéficier de soutiens opérationnels, sociaux, professionnels et techniques (voir les chroniques Discours de la méthode dans La Tribune et les rapports L’état social publiés à la Documentation française) :

 

  1. L’expertise - Maîtrise du dialogue et de l’intelligence sociale. Sur la base des Modèles de l’intelligence sociale ©, l’Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence Sociale (l’Odis) réalise des diagnostics identitaires et conduit des démarches complexes. L’impact est de réunir les conditions de l’émergence de nouvelles orientations reconnues comme stratégiques par les différentes parties prenantes qui se les approprient alors ensemble.

  2. Le réseau - Acteurs favorables au dialogue. Quelles que soient leur équation personnelle, les personnes qui partagent la vision du besoin de dialogue sont repérées et regroupées au sein de l’ONG reconnue d’intérêt général Les Amis de l’Odissée. Cette sélection autorise une prise de parole collective qui contribue à développer la reconnaissance de la nécessité d’une éthique du dialogue.

  3. La transmission - Techniques d’animation du dialogue. L’Institut du Dialogue propose des formations thématiques et génériques à la préparation, l’animation et le suivi d’entretiens individuels, de réunions, de réseaux et de processus. Les supports sont utilisables pour des formations de formateurs afin d’intensifier le potentiel de propagation sur tous les terrains.

  4. Les outils – Supports instantanés de dialogue thématique. La plateforme Odissée ouvre la possibilité d’organiser des rencontres confidentielles et des évènements publics de dialogue, d’étude, d’évaluation et de responsabilité sociale. Les participants peuvent décider du niveau de partage de chacune de leur contribution.

 

Les États généraux

A l’issue d’un processus à la fois transparent et régulé, la tenue d’un grand événement utile devient envisageable. Les personnes ayant contribué à l’un quelconque des événements organisés par un animateur du Grand dialogue sont alors invitées à se réunir par thème et en séance plénière. Les diagnostics et propositions sont soumis à la réflexion de tous afin d’approfondir le partage, valider ensemble l’analyse transversale de tous les travaux et bâtir une vision globale. Un saut qualitatif collectif est ainsi réalisé ensemble. La multitude des transformations personnelles s’en trouve alors confirmée et abondée. La complexité des enjeux est mieux embrassée par chacun.

 

L’évolution des positions de plusieurs collèges socio-professionnels peut être mesurée, par exemple :

 

  1. Les salariés des organismes employeurs, selon leur statut et leur ancienneté : Juniors intégrés récemment, non cadres et cadres n’assumant pas de responsabilité d’encadrement, cadres assumant une responsabilité de management, seniors à la retraite mais se sentant encore attachés à leur entreprise.

  2. Les syndiqués selon leur statut socio professionnel et par syndicat : non cadres, cadres, dirigeants.

  3. Les acteurs externes à l’organisation (dans le cas d’une entreprise) : actionnaires, partenaires, fournisseurs, clients.

  4. Les citoyens : élèves-étudiants, adhérents associatifs, électeurs d’une collectivité locale, usagers d’un service public, lecteur – auditeur – téléspectateur d’un Média…

 

 

La clé pour sortir de la crise

Tant qu’il y a de la vie, l’accomplissement des destins personnels et collectif n’est jamais terminé : après un premier saut qualitatif, il en faut un second, puis d’autres encore et encore !! Cette mécanique d’invention d’un monde nouveau est à construire avec chaque personne dans chaque territoire, chaque collectivité publique, chaque secteur d’activité, chaque entreprise, chaque association.

 

Il est possible de conduire des débats bien mieux organisés. Si nous ne décidons pas d’y consacrer l’énergie nécessaire, l’impuissance des états conduirait au resserrement des mécanismes de décision dans un plus petit nombre de mains. Cela porte un nom : la dictature ! Bien sûr, le temps du débat rallonge le temps de la décision. Mais une analyse plus approfondie et mieux partagée ouvre des possibles inespérés, sources de cohésion renforcée et de performances nouvelles.  Le choix est là : mieux de démocratie ou plus de dictature, plus de réflexion collective ou moins de décisions partagées.

 

Bien sûr, la tentation serait d’attendre que l’État, l’Union européenne ou encore l’Organisation des Nations Unies entreprennent le processus. Mais, force est de constater qu’ils ne le font pas. Aussi, les nuages s’accumulent au-dessus de nous et nous risquons le déclin progressif. Pourtant, il suffit pour commencer d’un seul acteur désireux d’assumer la responsabilité d’animer une démarche thématique, territoriale ou au sein d’un organisme public ou privé : citoyen responsable, lève-toi et marche !

La Tribune