<strong>Gouvernance, Lien social, Performance</strong>
Comprendre les racines
du lien social et de la performance
?

Audition privée de Son Excellence York Chor Tan, ambassadeur de Singapour - le 10 juillet 2012«  Il n’y a pas de recette du succès, mais la performance durable est due à une combinaison de facteurs », introduit Monsieur York Chor Tan, ambassadeur de Singapour, auditionné par l’Odis à la Fondation Charles De Gaulle le 10 juillet 2012

Le rapport « Gouvernance, lien social et performance : une vision du monde » offre un classement des 168 pays du monde selon 24 indicateurs regroupés en deux catégories : lien social et performance. Cinquième en Lien social et quatrième en performance, Singapour est « parti de rien » : aucune ressource naturelle, une superficie de 500km2 qui ne permet pas le développement d’une économie industrielle ni le développement démographique. Comment expliquer aujourd’hui ce positionnement ? Nous avons tenté de l’expliquer à travers l’analyse des deux agrégats Lien social et Performance.

 

Lien social :

  • Homicides (2e)

- Un respect de la loi et des règles : La loi est extrêmement contraignante, y compris dans la vie quotidienne. Les textes portent un sens fort, et sont très précis (par opposition à certains textes français flous).
- Un environnement favorable : « si tout est propre et si l’on se sent en sécurité, on laisse tout intact et on ne met pas l’autre en danger»
- Chaque individu a un rôle dans la Société : sens aigu de la famille, « pas de marginalisation »

  • Proportion des sièges occupés par des femmes dans les parlements nationaux (46e) et Taux de participation à la population active des femmes (81e)

- Un choix des femmes de quitter la vie active pour se consacrer à la maternité
- Peu de crèches et de dispositifs d’accueil des bébés
- Difficulté de se réinsérer dans la vie active
après la maternité
- Evolution culturelle depuis quelques années : moins d’entraide entre les générations (les grands-parents sont moins présents pour s’occuper des enfants

Cependant dû à un affaiblissement du taux de natalité, Singapour a pour projet de lancer des politiques natalistes, qui favoriseront sûrement le développement des crèches et la réinsertion de la mère dans le monde du travail

  •  Coefficient de Gini (73e)

- L’arrivée de milliardaires qui viennent s’installer à Singapour (15% des familles sont millionnaires)
- Cette attractivité est due à une fiscalité attractive (TVA à 7%, la plupart des Singapourien ne relèvent pas de l’IR), à un environnement propice au commerce et une bonne qualité de vie

 

Performance :

  • Croissance du PIB (31e)

- L’arrivée à un niveau de développement poussé
- Série de crise depuis les années 2000 : 11 septembre 2001, Hong Kong 2002, Asie 2003 (Syndrome respiratoire aigu sévère), crise mondiale 2008
- Dépendance de Singapour vis-à-vis de l’extérieur (importateur de matières premières notamment)

  • Dette Publique en % du PIB (109e)

- L’Etat a décidé de créer un réel « marché des obligations » : L’argent emprunté est placé dans des fonds de pension et sa gestion est confiée à un fond souverain à 4% de retour sur investissement tandis que les obligations sont délivrées à un taux de 1,8%. Cet argent public est réinvesti dans l’Etat et dans les Investissements Directs à l’Etranger (IDE). La particularité de cette dette est qu’il est possible de rembourser la totalité en peu de temps.

  • Taux d’alphabétisation (72e)

- Les « anciens » (génération des grands parents) sont peu à être allés à l’école

Mais aujourd’hui apparaît une volonté constante de perfectionnement et d’excellence (cour du soir, MBA, formation complémentaire). La réussite scolaire est très recherchée et valorisée. Elle est impulsée par une volonté des parents qui souhaitent que leurs enfants vivent « mieux qu’eux », avec un meilleur salaire… Les jeunes ont conscience de l’intérêt d’étudier et d’investir dans des formations coûteuses.
Il est important de souligner que le modèle éducatif est basé sur la méritocratie (pas de corruption, de piston, ni de quotas)

 

Nous assistons donc à trois phénomènes : l’indépendance de 1965 qui permet une « prise en main » du destin de Singapour, l’isolement de Singapour dans l’Asie du Sud-est et le danger lié à l’absence de matière première qui induit une « nécessité » d’inventer. A ces trois phénomènes s'ajoute une riche diversité de la population issue des immigrations Indienne et Chinoise. Cette diversité est organisée par le service militaire et la mixité des quartier imposée par des quotas. Ainsi les diasporas deviennent une force et l'identité collective Singapourienne rassemble ces population dans une "égalité des races". Ces phénomènes se conjuguent et génèrent une culture de l’excellence et du « tous ensemble » qui permettent une vigilence collective et une remise en question permanante.