Comprendre et développer
la Personne, l'Entreprise, la Société
?

L'Apogée des sociétés I - 2. Ouverture équilibrée à l’intérieur et à l’extérieurIntroduction à la Grille

Le second enjeu du vivre ensemble et du réussir ensemble est le mode d’assimilation d’acteurs aux pratiques et pensées disparates, et dont la disparité gonfle avec le développement de la société.

A mesure qu’un système avance en âge, en savoir, en compétences, et donc en domination économique ou territoriale, il doit rester maître de l’ouverture à la diversité des personnes, des faits et des idées. Or, le respect de l’altérité et des opportunités se complexifie avec la croissance du corps social. En effet, plus les acteurs sont nombreux, plus nombreux sont aussi les intérêts particuliers en présence. Leur corrélation spontanée devient donc plus difficile, et il convient de renforcer la régulation du groupe pour accompagner et favoriser la cohésion sociale en conséquence. De surcroît, plus les neurones en travail sont nombreux, plus l’innovation peut surgir en de nombreux points, et plus il est ardu pour chaque personne de s’en emparer pour faire évoluer ses habitudes, ses certitudes, ses aptitudes, et in fine ses performances. En définitive, pour être maîtrisée, la transformation du contexte vers plus de complexité doit être accompagnée d’une gestion plus sophistiquée des pratiques d’ouverture, sous peine de ne pas parvenir à assimiler de nouveaux prismes et les nouvelles idées qu’ils véhiculent. 

Ainsi, à mesure qu’il se développe, un corps social est placé face à une double interpellation :

  • Quels liens entretient-il avec ses interlocuteurs extérieurs ?
  • Comment sélectionne-t-il ceux qu’il décide d’intégrer ?

L’assimilation au sein d’une société de nouvelles idées et de nouveaux acteurs suppose donc de réaliser en continu et avec vigilance le double dosage simultané de l’ouverture en interne et avec l’externe.

Chaque communauté doit trouver son équilibre entre le niveau d’ouverture, de tolérance et de compréhension, voire même de permissivité entre ses membres, et le niveau d’ouverture, d’absorption, d’intégration de nouveaux membres.

Le vivre ensemble durable suppose de combiner l’évolution de l’ouverture interne et de l’ouverture externe en maintenant un équilibre : réduire les deux niveaux revient à se refermer et vivre en autarcie non performante, déverrouiller à la fois les pratiques internes et externes entraine des dissonances porteuses de rupture du lien social. Ainsi, la question qui se pose à toute société est celle de la pérennité de l’envie d’être et de rester ensemble face à des comportements différents, dissonants, divergents et même opposés.

 

 

La Suisse actuelle est ouverte en interne à ses citoyens, qui participent à de fréquentes votations. Mais elle reste en revanche assez fermée en externe aux  candidats à l’immigration, qui n’obtiennent la citoyenneté qu’à l’issue d’un parcours long et fastidieux, et seulement s’ils remplissent une série de conditions nécessaires à une intégration réussie.

A l’inverse, la France est ouverte à l’externe, intégratrice sans grande barrière des étrangers qui désirent y entrer ; mais elle reste fermée en interne aux idées et acteurs nouveaux, qui n’ont accès au débat  public qu’en lien étroit avec des acteurs politiques qui restent aux commandes de leur parti et de l’Etat pendant toute leur carrière.

Plus le groupe grandit, plus l’équilibre est instable entre deux grands types de processus qu’il faut repenser en permanence pour les adapter et s’assurer de leur adéquation à la situation nouvelle :

  • L’organisation du vivre ensemble au sein de la société pour prendre en charge la diversité des situations, expériences, savoirs et idées ;
  • La possibilité donnée aux acteurs externes d’entrer dans le collectif pour abonder aux mécanismes de vivre ensemble de ceux qui y sont déjà avec leur acceptation.

L’assimilation au sein d’une société de nouvelles idées et de nouveaux acteurs suppose donc de réaliser en continu et avec vigilance le double dosage simultané de l’ouverture en interne et avec l’externe.